Intervention d’Actares à l’AG de Nestlé 2026
M. le président, Mesdames, Messieurs,
En regard du rapport non financier, je désire relever quelques points critiques pour Actares à mon tour. Je suis Pierre Zwahlen (Lausanne) et participe au comité national de l’actionnariat préoccupé par la durabilité et la responsabilité sociétale.
Point 1.3: Non-Financial Statement 2025
Plusieurs résultats sont bons. Mais d’autres constats inquiètent ou suscitent des interrogations quant au climat, aux petits producteurs, à l’agriculture ou les sucres ajoutés.
Nous sommes heureux que Nestlé confirme poursuivre ses objectifs climatiques : des émissions de gaz à effet de serre diminuées de moitié en 2030, la neutralité carbone d’ici 2050. L’entreprise a réduit ses émissions nettes de plus de 20%, dépassant son objectif fixé pour l’an dernier à notre satisfaction.
Mais la dépendance aux matières premières agricoles, la volonté de croissance contrarient ces efforts. C’est notre première question : Pourra-t-on vraiment produire plus à l’avenir mais avec bien moins d’émissions nocives au climat par unité ?
Nous soutenons la volonté claire de Nestlé de renoncer à la déforestation pour son approvisionnement. Par ailleurs, la chute du prix du cacao sur le marché mondial a des effets dramatiques sur les familles paysannes, en Côte d’Ivoire par exemple. Question no 2 : Nestlé peut-elle acheter le cacao et d’autres denrées de base auprès des petits producteurs à un prix décent et garanti ?
En matière d’approvisionnement, l’agriculture régénérative présente de grands espoirs, pour restaurer la santé des sols, mieux retenir l’eau, augmenter la diversité des espèces. Nous craignons cependant que beaucoup de fermes et d’exploitations peinent à s’engager ou appliquent ces méthodes bonnes pour la nature de manière encore rudimentaire. Nestlé distingue trois niveaux d’implication des fermes dans cette transition : niveau élémentaire, moyen ou plus avancé. Actares demande ici davantage de transparence. Définir des objectifs spécifiques pour chaque niveau permettrait de mieux suivre l’engagement réel et les progrès accomplis vers l’agriculture régénérative. Troisième question : Le niveau d’implication différent des fermes sera-t-il rendu public dans les prochains rapports non financiers ?
Sujet sensible : Actares a déjà évoqué les risques des sucres ajoutés pour la santé, qu’il s’agisse de surpoids, de diabète par consommation fréquente combinée à d’autres facteurs. Nestlé a dit vouloir vérifier s’il existe des denrées sans sucre ajouté vendues clairement plus chères que leur équivalent avec sucre dans les pays du Sud global. Notre 4e interrogation : Quels sont les résultats de la vérification promise ?
De plus en novembre dernier, le magazine de Public Eye a publié une nouvelle étude portant sur les produits de la marque Cerelacs commercialisés en Afrique. Sur 95 produits analysés et destinés à des bébés de 6 mois environ, les portions de 57 produits comptaient plus de 5 grammes de sucres ajoutés (soit un bon dixième de leur composition), beaucoup plus que dans nos pays industrialisés. Nous redoutons que ces ajouts accroissent la consommation de céréales sucrées, qui favorise peu l’apport en fer et en vitamines mais porte atteinte à la santé dentaire et générale surtout.Le principal risque lié à ces quantités de sucres ajoutés, c’est de créer une préférence marquée pour le goût sucré, auquel les bébés sont très sensibles. Malgré les démentis de Nestlé, nous constatons un « double standard », et les compositions divergentes de céréales vendues dans les pays du Sud et du Nord soulèvent une préoccupation de santé publique. Actares encourage fermement Nestlé à aligner ses formules sur celles des pays industrialisés, à accélérer le déploiement de ses offres « sans sucre ajouté » dans les pays concernés, en publiant son cahier des charges. Voici notre dernière question : Dans quels délais ces mesures peuvent-elles être réalisées ?
Dans l’attente de résultats durables plus tangibles, Actares refusera le rapport non financier pour l’année 2025.
Point 4.2.2: Election de Thomas Jordan au CA
Permettez-nous d’interroger l’élection de M. Thomas Jordan au conseil d’administration à deux titres : une période de carence irrespectée et une forte implication à réchauffer le climat.
Dans ses critères de vote, Actares tient à ce qu’une personnalité ayant accompli un mandat majeur de direction respecte une période de carence de deux ans, avant d’exercer une autre charge d’importance. M. Thomas Jordan a présidé la direction générale de la Banque nationale suisse jusqu’en septembre 2024. De toute évidence, le cooling off nécessaire ne suffit pas, pour éviter des confusions d’intérêt ou un abus d’initié, en devenant si tôt administrateur de Nestlé.
Nous doutons par ailleurs de l’aptitude du candidat à travailler pour la durabilité de l’entreprise. A la tête de la BNS, M. Jordan s’est toujours évertué à maintenir à très haut niveau les investissements fossiles de la banque, malgré toutes les demandes l’invitant à y renoncer. Des centaines de millions de francs ont ainsi financé les exploitations de pétrole et de gaz dans le monde et participé aux dérèglements climatiques qu’elles causent.
Actares refusera l’élection prématurée de M. Jordan.
(Intervenant: Pierre Zwahlen, membre du comité et animateur du groupe Nestlé)